Il m’aura fallu un certain temps pour tracer une voie me permettant d’exploiter au mieux les compétences acquises durant mes modestes 37 années de vie. Voici un petit résumé de mon parcours

  1. Un sens de l’engagement qui remonte aux origines
  2. Les étapes clés
  3. L’herboristerie et l’ouverture de « Bo Kay »
  4. Et maintenant …
  5. Et si nous collaborions dès à présent ?

Un sens de l’engagement qui remonte aux origines

Née d’une mère belgo-allemande, infirmière et syndicaliste, défiant les normes patriarcales, j’ai acquis un fort sens de solidarité et du care (1). Mon père, Martiniquais entrepreneur et militant, m’a transmis son intérêt pour les questions politiques, et la conviction qu’entrepreneuriat individuel et sens du collectif peuvent coexister.

Comme beaucoup de ma génération et celles qui suivront, je suis le produit des crises sanitaires, écologiques et sociales mondialisées. Conçue au moment de l’accident de Chernobyl et des premières campagnes grand public sur le SIDA, j’ai développé un regard critique sur le capitalisme néolibéral et ses soi-disants bienfaits, au regard des désastres sociaux et environnementaux qu’il génère.

Les étapes clés

Un profil atypique

Mon enfance a été un défi. J’étais dans ma propre bulle, déconnectée mais consciente de cela, j’observais, analysais, copiais et m’ajustais avec le temps. J’ai reçu plus tard, à l’âge de 35 ans, un diagnostic officiel de trouble autistique, anciennement connu sous le nom de syndrome d’Asperger. Ce diagnostic m’a conforté dans ma décision de rester entrepreneure, un cadre qui me permet de prendre en compte mes besoins spécifiques.

A cela s’ajoutait le défi du métissage dans une Belgique encore peu bigarrée et un environnement reproduisant, consciemment ou pas, des comportements racistes. Mes parents sont à l’époque séparés depuis longtemps, mon père est rentré aux Antilles et me voilà seule dans un monde où personne ne me ressemble.

Après avoir passé mon enfance dans l’univers des animaux, je m’interroge à l’adolescence sur le monde des humains et plus particulièrement sur les inégalités entre les peuples, constatant qu’elles ont un impact immédiat sur mon quotidien d’enfant afro-descendant.

Mes études secondaires se passent cahin-caha. Rebelle, autodidacte, remplie d’interrogations existentielles et identitaires, je lis L’Origine des espèces de Darwin à 13 ans, Franz Fanon et Cheikh Anta Diop à 14 ans. Je m’ennuie, j’ai un avis sur tout et les profs ne répondent pas à mes questions. Je termine mes secondaires en arts plastiques sans conviction, aboutissant finalement à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles en peinture de chevalet.

De ces études d’art, je tire deux enseignements cruciaux : communiquer mes idées et, surtout, oser les réaliser.

L’endométriose et la confrontation au monde médical

Pendant mes études d’art, à 20 ans, on me diagnostique une endométriose sévère. Une maladie complexe qu’on comprends mal mais pour laquelle le lien avec les perturbateurs endocriniens est très vite établi. À cette époque (2007), les médecins ne sont pas encore formés sur cette maladie et la violence est absolument banalisée. On m’annonce sans aucune délicatesse que je souffrirai et devrai prendre des anti-inflammatoires toute ma vie, en ajoutant que je pourrais avoir des difficultés à concevoir un enfant et qu’il faudrait que je me dépêche. Et tout cela, sans que je ne puisse me plaindre, car (je cite) : « vous n’avez pas le cancer ! »

Pourtant loin d’être anodine, cette endométriose sévère avait envahi tout mon abdomen, du plancher pelvien au diaphragme, engendrant des douleurs quotidiennes indescriptibles. Parfois clouée au lit pendant plusieurs jours, j’étais incapable de respirer, de manger ou même d’aller aux toilettes sans frôler l’évanouissement.

Au hasard d’un régime hyper-protéiné excluant totalement le sucre, ces douleurs s’estompent quasiment du jour au lendemain. Investiguant sur les liens entre sucre et inflammation, c’est la première révélation. Des solutions simples existent, et personne ne me les a communiquées. Probablement parce que personne ne savait. Mais pendant ce temps, ma vie de femme n’était faite que de souffrance et de silence.

C’est ce constat qui m’a poussé à suivre une formation en herboristerie quelques années plus tard. Je trouve tout simplement inacceptable que les personnes souffrant de maladies inflammatoires chroniques invalidantes comme moi ne soient pas suffisamment informées sur les habitudes alimentaires et le mode de vie adaptés à notre quotidien, alors que ces éléments se sont avérés plus efficaces que les analgésiques depuis longtemps.

L’activisme

Mais avant d’arriver à l’herboristerie, je m’intéresse profondément aux dynamiques politiques, sociales et économiques qui créent des inégalités. Je cherche à comprendre comment ce système nous pousse à détruire le vivant sous toutes ses formes. Comment en sommes-nous arrivés à considérer cela comme un dommage acceptable, tant que les marchés financiers continuent de fonctionner ?

Je suis devenu membre d’un groupe militant anti-impérialiste fondé aux États-Unis, proche du Black Panther Party des origines, qui promeut l’autodétermination des peuples. Formée à la dialectique matérialiste (2), j’ai été chargé de diriger quelques mois une petite déleguation en Belgique pour partager ces connaissances avec d’autres militants.

Bien que fondamentalement convaincue par la pensée intellectuelle développée au sein du mouvement, je m’en éloigne suite à une fausse couche. Les questions de santé m’appellent à nouveau.

L’herboristerie et l’ouverture de « Bo Kay »

En 2014, j’entame ma formation d’herboriste à l’EFP et travaille en parallèle chez Dame Nature. J’apprends à faire des liens entre les plantes, les pathologies, l’hygiène de vie et l’alimentation.

Je dévore les études scientifiques sur le sujet et enregistre tout ce que j’entends et vois. Je teste les différentes approches et compléments sur moi-même, puisque l’endométriose me permet d’en évaluer l’efficacité. Et évidemment je partage déjà avec joie toutes ces informations avec les clients qui me sollicitent

Stimulée par un sens profond de l’auto-détermination et inspirée par l’esprit entrepreneuriale de mes camarades militants outre-atlantique, je décide de confronter mes convictions à la réalité du terrain et ouvre en 2017 ma propre herboristerie dans le quartier européen de Bruxelles : l’Herboristerie Bo Kay.

Une herboristerie est un commerce ultra-spécialisé en plantes médicinales et en compléments alimentaires.

Ce fut l’une des expériences les plus intéressantes et enrichissante de ma vie.
Il faut dire qu’elle fut également des plus denses et des plus mouvementée, puisqu’en près de 5 années d’activité, je dû surmonter : .

  • de 2018 à 2019 : une période de travaux massifs sur la place Jourdan.
  • en 2019 : l’arrivée de deux supermarchés bio à moins de 50 mètres et à 6 mois d’intervalle. Cette concurrence intense a exigé des ajustements importants.
  • de 2020 à 2022 : les défis se sont intensifiés avec la crise du Covid-19. Je déménage, propose des ateliers, devient formatrice à l’EFP en herboristerie, mais les confinements, le télétravail et l’essor des achats en ligne ont modifié la dynamique commerciale en profondeur.
  • 2022 : malgré mes efforts, la boutique a finalement fait face à la faillite. Le tribunal des entreprises, bienveillant, m’a encouragé chaleureusement à envisager une nouvelle aventure entrepreneuriale quand le moment serait venu.

J’ai tiré de cette expérience de précieux enseignements sur moi même d’abord, sur l’humain en général, mais également sur le commerce, l’économie et les politiques. Loin de remettre en question mes convictions, cet apprentissage par le réel les a renforcées, affinées et enrichies.

Et maintenant

Cette période d’apprentissage m’a permis de définir le type d’entrepreneure que je souhaite devenir.

  • J’aspire à un entrepreneuriat socialement engagé,
  • Axé sur le partage des compétences et des expériences,
  • Favorisant l’agilité, la flexibilité et l’emergence de solutions créatives
  • Dans une perspective de changement sociétal radical, progressiste et centré sur le care.

Il me parait esseniel de défendre un modèle d’économie sociale qui replace le vivant au cœur des préoccupations et dépasse les croyances limitantes sur la solidarité. Cette économie et chacun de ses acteurs doit contribuer à l’émergence de solutions bénéfiques pour tous, non pour l’intérêt d’une minorité.

Mon parcours d’autodidacte et mon profil atypique ont favorisé une réflexion active et créative du monde, que je souhaite désormais mettre au service de projets ayant un réel impact sur notre société.

Et si nous collaborions dès à présent ?

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(1) l’éthique du care est un concept désormais politique qui promeut l’interdépendance et l’obligation morale de prendre soin des autres, ainsi que de notre environnement : en savoir plus avec cet article d’Axelle Mag).

(2) terme pompeux désignant globalement la philosophie marxiste et qui part du postulat selon lequel l’individu/la société est principalement conditionnée par ses conditions socio-économiques

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